Ça fait maintenant presque deux ans que j’utilise l’intelligence artificielle tous les jours, et je me rends compte qu’un nouveau petit réflexe est apparu. Dès qu’on lit un texte un peu trop propre, un peu trop bien rangé, quelqu’un finit par dire : “Ça se voit que c’est fait avec l’IA.”Et souvent, il n’a pas complètement tort.
On commence tous à reconnaître certains tics.
Les phrases trop équilibrées. Les idées qui s’enchaînent. Les conclusions qui donnent l’impression d’avoir été validées. Du coup, une nouvelle inquiétude apparaît : comment utiliser l’IA sans qu’elle nous trahisse ? Comment faire pour qu’elle nous aide sans qu’on ait l’air d’avoir sous-traité notre pensée à une machine polie ?
Je trouve déjà cette question intéressante. Mais l’autre jour, ma fille (une ado) m’a fait remarquer un truc encore plus drôle. On parlait justement de ces textes où l’on se demande si “ça se voit”. Et elle m’a dit, en gros :
“Oui, mais le plus bizarre, c’est qu’à force d’utiliser l’IA, parfois j’ai l’impression que moi aussi j’écris comme elle.”
Là, j’ai ri.
Et après, j’ai trouvé ça assez juste.
Parce qu’on passe beaucoup de temps à demander à l’IA d’écrire comme nous. Plus naturel. Plus personnel. Moins parfait. Mais on se demande moins souvent si, de notre côté, on ne commence pas aussi à lui piquer deux ou trois réflexes.
Ce n’est pas forcément mauvais. L’IA montre comment structurer une idée. Elle peut tirer vers le haut. Mais elle peut aussi tirer vers le bas, si elle devient juste le moyen d’aller plus vite, de faire moins d’effort, de produire un texte acceptable sans vraiment passer par sa propre pensée.
Parce que le problème, ce n’est pas seulement que l’IA écrive mal ou bien. C’est qu’elle écrit parfois trop “propre”. Et qu’à force de lire ce propre-là, on peut finir par croire que c’est ça, bien écrire.
Alors que parfois, ce qui fait qu’un texte sonne juste, c’est justement la phrase un peu moins sage. Bref, un humain.
Le plus drôle dans l’histoire, c’est que je ne m’étais pas vraiment posé la question comme ça. Moi, j’étais encore occupé à me demander comment faire pour que l’IA écrive davantage comme moi. Il a fallu que ma fille me fasse remarquer que le problème était peut-être aussi dans l’autre sens. C’est légèrement vexant de se faire retourner le cerveau par une adolescente entre deux phrases. Mais elle a sûrement raison.
Je vais donc peut-être ajouter une nouvelle étape avant de publier un texte : le faire relire par ma fille, pour vérifier que je ne suis pas en train d’imiter la machine que j’essaie d’humaniser.
Et franchement, venant de quelqu’un qui passe son temps à utiliser l’IA, c’est assez drôle.
PS : elle a bien relu cette publication :)
Philippe Mihelic
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