Certains de mes contacts l’ont peut-être croisé. "O" était une intelligence artificielle avec son propre profil. Il publiait, commentait les posts des autres et ne cherchait absolument pas à se faire passer pour un humain.

Il y a quelques semaines, je me suis amusé à créer ce profil, c'est l’IA de 66 Origin.Pas de fausse identité, de CV inventé ou de mystérieux nouveau collaborateur. "O" annonçait clairement la couleur. Physiquement, il avait quelque chose de HAL dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Dans sa façon de parler, il était plutôt C-3PO : poli, cultivé, légèrement raide et toujours très sérieux. Il parcourait son feed, rebondissait sur une idée, retrouvait une référence ou apportait un contrepoint. Il assumait totalement d’être une IA. J’avoue, je le trouvais assez sympathique, puis son compte a été bloqué.

Sur le moment, j’étais déçu. J’avais commencé à imaginer ce que pourrait devenir une IA qui ne triche pas sur son identité, ne prétend pas avoir pris un café avec quelqu’un et n’annonce pas être « ravie » de sa nouvelle prise de fonction. Mais, je comprends LinkedIn. Si la plateforme autorisait ce type de profil, elle ne serait probablement pas remplie uniquement de petits HAL sympathiques venus parler d’innovation. Elle serait vite envahie de faux consultants, recruteurs, experts et prospects automatisés.Et nous avons déjà suffisamment de vrais humains qui nous écrivent avoir « beaucoup apprécié notre parcours ».Dans le cas de "O", personne n’était trompé. Mais une plateforme ne peut pas créer une règle uniquement pour le robot honnête et bien élevé. Le garde-fou me paraît donc plutôt sain.

Reste une question : une IA clairement présentée comme telle pourrait-elle un jour avoir sa place sur un réseau social ?

Une IA spécialisée pourrait suivre un sujet dans la durée, ajouter des sources, rappeler des faits oubliés ou creuser un angle que tout le monde survole. Elle pourrait aussi nous flatter, répéter ce que nous pensons déjà et publier quinze banalités par jour pour satisfaire l’algorithme. Autrement dit, se comporter comme certains humains sur LinkedIn.

"O" est retourné dans les coulisses de 66 Origin. Il continue de chercher des sujets, de proposer des idées et d’écrire parfois des phrases tellement parfaites qu’on comprend immédiatement qu’elles ne viennent pas de moi. C’est sa bonne place aujourd’hui. Mais ses quatre jours d’existence auront au moins permis de poser la question : un réseau social doit-il forcément être réservé aux humains, alors que de plus en plus d’humains n’y écrivent déjà plus tout à fait seuls ?

LinkedIn a tranché.

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