La Coupe du Monde bat son plein. Des milliards de téléspectateurs.

Et moi, comme beaucoup de supporters, je vis ce Mondial différemment.

Pas seulement parce que le format a changé, mais parce que l'intelligence artificielle s'est glissée partout, jusque dans mon canapé.

Je n’ai jamais joué au foot. Je le regarde depuis toute petite. Intensément, passionnément, souvent en criant toute seule devant mon écran. Ce Mondial est particulier pour moi : je porte mon cœur dans les tribunes.

Avant tout, celui du Maroc, mon pays de naissance et de coeur, la nation des Lions de l'Atlas qui n'en finissent plus de surprendre le monde.

Ensuite celui de la France, mon pays de vie et de citoyenneté, qui pour l'instant avance avec sérénité.

Et cette année, quelque chose a changé dans la façon dont je vis ces matchs. L'intelligence artificielle est entrée dans l'expérience du supporter. Discrètement, mais profondément.

LA VAR ENCORE PLUS PRÉCISE & LISIBLE

J'ai toujours trouvé la VAR juste dans son principe. Une décision arbitrale qui s'appuie sur la vidéo plutôt que sur une impression à la volée, c'est du bon sens. Mais il y avait un vrai problème de lisibilité : on voyait le carré blanc sur l'écran, on attendait, et la décision tombait sans qu'on comprenne vraiment pourquoi.

Cette année, c'est différent. Chaque joueur a été scanné numériquement pour créer un avatar 3D, un scan qui prend moins d'une seconde, et ces modèles sont désormais intégrés aux images du diffuseur pour visualiser les décisions de hors-jeu de façon claire et immédiate. La technologie était déjà juste. Maintenant, elle est aussi compréhensible.

Après des années en agence digitale et au plus près de l’expérience utilisateur, je ne peux pas m'empêcher d'y voir une leçon fondamentale : une bonne technologie ne se contente pas de décider, elle explique. La transparence est une forme de design.

LA CAMERA DES ARBITRES : UN NOUVEAU REGARD SUR LE JEU

Une autre innovation m'a frappée lors de ce Mondial : les caméras corporelles portées par les arbitres, avec une technologie de stabilisation IA qui réduit le flou des mouvements rapides. Voir le jeu depuis les yeux de l'arbitre, c'est radicalement nouveau. C'est une autre façon de ressentir la pression d'une décision à prendre en une fraction de seconde. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs Reels Instagram de RefCam circuler après les matchs.

L'IA ne remplace pas l'humain ici. Elle nous le rend plus proche.


LES DONNEES RACONTENT LE MATCH AUTREMENT

Chaque rencontre génère désormais une masse colossale de données (positions, accélérations, touches de balle, séquences tactiques) redistribuées en temps réel aux supporters. Pour moi, ça se traduit concrètement : des analyses accessibles entre deux mi-temps, des statistiques enrichies à l'écran, une meilleure lecture du jeu au final.

Je comprends mieux certaines actions. Ce n'est plus seulement une affaire de ressenti, c’est visible et mesurable.

CE QUE CA DIT DU DESIGN D’EXPERIENCE

Ce Mondial 2026 est, à sa façon, un cas d'école pour mon métier. Une partie des supporters perçoit avec méfiance l'intrusion de l'IA dans un sport dont la richesse tient aussi à son imprévisibilité et à sa dimension humaine. Cette résistance est légitime, et elle nous rappelle que la technologie ne gagne la confiance du public que lorsqu'elle est bien designée, utile et lisible.

L'IA dans le football n'est pas là pour remplacer la magie d'un but à la 90e minute. Elle est là pour que cette magie soit encore mieux vécue, mieux comprise, mieux partagée.

C'est exactement ce que le design est censé faire.

Et en attendant, demain soir, je serai devant mon écran. Pour soutenir le Maroc.

L'IA gère les données, moi je vais essayer de gérer mes émotions.

Mais très sincèrement, aucune IA au monde ne pourra jamais mesurer ce que ça fait. Peu importe les algorithmes, quand les Lions de l'Atlas entrent sur le terrain et marquent, c'est tout un pays que je porte dans la gorge.

Aïda, Directrice de projets, 66 Origin