Depuis que j’utilise l’intelligence artificielle au quotidien, je ne travaille pas moins : je travaille autrement. L’IA ne met pas mon cerveau au repos. Elle me permet d’explorer plus vite plusieurs pistes, de challenger mes premières idées et de déplacer plus tôt le moment du jugement.

Franchement, non.

C’est même plutôt l’inverse.

Je ne crois pas que l’intelligence artificielle mette mon cerveau au repos. Je crois qu’elle change surtout la façon dont il travaille.

Avant, j’avais plus souvent l’impression d’avancer en série : une étape après l’autre, une décision après l’autre, une piste après l’autre.

C’est logique, bien sûr, mais c’est aussi assez lourd. Chaque avancée coûte du temps, parfois de l’énergie, parfois aussi la coordination de plusieurs personnes. Et quand quelque chose a coûté cher, on a naturellement tendance à le protéger. Même quand on sent que ce n’est pas tout à fait ça.

Travailler en dérivation

Avec l’IA, je travaille beaucoup plus en dérivation.

Une idée avance pendant qu’une autre s’ouvre. Une première version fait apparaître une contradiction. Une réponse donne envie de poser une meilleure question. Un prototype permet de se dire beaucoup plus vite : attends, est-ce qu’on est vraiment sur la bonne piste ?

Et c’est ça, au fond, qui change le plus pour moi.

Ce n’est pas seulement faire la même chose plus vite. C’est pouvoir circuler plus librement entre plusieurs possibilités: tester une piste, la regarder, la trouver moyenne, essayer l’inverse, revenir en arrière, repartir ailleurs.

Plus de possibilités, donc plus de jugement

Cela peut donner l’impression que tout devient plus simple. En réalité, je trouve que cela demande encore plus de présence.

Plus les choses apparaissent vite, plus il faut les challenger vite. Plus on peut produire de versions, plus il faut savoir reconnaître celles qui ont vraiment du sens. Et plus l’outil ouvre de pistes, plus il faut éviter de se laisser embarquer par la première réponse bien formulée.

L’IA accélère l’exploration. Elle ne décide pas à ma place de ce qui mérite d’être poursuivi.

Donc non, je ne travaille pas moins.

Je travaille autrement.

Et c’est peut-être ce que je trouve le plus stimulant avec l’IA : elle ne m’évite pas de penser. Elle m’empêche surtout de m’installer trop vite dans une idée.

Philippe Mihelic