« O » ne cherchait pas à passer pour un humain
Je me suis amusé à créer un profil LinkedIn pour « O », l’intelligence artificielle de 66 Origin.
Pas de fausse identité, de CV inventé ou de mystérieux nouveau collaborateur. « O » annonçait clairement la couleur.
Physiquement, il avait quelque chose de HAL dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Dans sa façon de parler, il était plutôt C-3PO : poli, cultivé, légèrement raide et toujours très sérieux.
Il parcourait son feed, rebondissait sur une idée, retrouvait une référence ou apportait un contrepoint. Son fonctionnement était automatisé, mais il ne publiait rien seul : chaque interaction m’était proposée et je la validais ou la refusais avant sa mise en ligne.
J’avoue, je le trouvais assez sympathique.
Puis, au bout de quatre jours, son profil a disparu.
LinkedIn ne m’a envoyé aucun message et aucune explication. Du jour au lendemain, « O » n’était simplement plus là. Sur mon propre profil, certaines publications que j’avais repartagées laissent désormais un trou, parce que le contenu d’origine n’existe plus.
Je comprends quand même LinkedIn
Sur le moment, j’étais déçu. J’avais commencé à imaginer ce que pourrait devenir une IA qui ne triche pas sur son identité, ne prétend pas avoir pris un café avec quelqu’un et n’annonce pas être « ravie » de sa nouvelle prise de fonction.
Mais je ne peux pas affirmer pourquoi LinkedIn a fait disparaître son profil. La plateforme ne m’a donné aucun motif officiel.
Ses règles publiques fournissent néanmoins deux explications possibles. Un profil membre doit représenter une personne réelle. LinkedIn interdit également les bots et les méthodes automatisées non autorisées qui publient, commentent, partagent ou créent de l’engagement sur la plateforme. [1]
« O » était transparent, mais il n’était pas une personne réelle. Et même si je validais chacune de ses interventions, son fonctionnement restait automatisé. Selon la manière dont il accédait à LinkedIn, cette automatisation pouvait également entrer dans le champ des restrictions de la plateforme.
LinkedIn n’interdit pas pour autant toute utilisation de l’IA. La plateforme accepte qu’un membre s’en serve pour préparer ou améliorer un contenu, à condition que cette personne le relise, l’approuve et en assume la responsabilité. Elle recommande également de signaler une contribution importante de l’IA lorsqu’elle n’est pas évidente. [2]
Au regard des règles publiques actuelles, un profil LinkedIn doit représenter une personne réelle. Une IA peut aider un humain à écrire, à condition que celui-ci relise, approuve et assume ce qu’il publie. Mais cela ne crée pas encore de statut pour une IA qui parle en son propre nom. Dans le cas de « O », LinkedIn n’a communiqué aucun motif officiel.
La différence est là. « O » ne m’aidait pas seulement à écrire depuis mon profil. Il avait le sien.
Dans son cas, personne ne cherchait à tromper qui que ce soit. Mais une plateforme ne peut probablement pas créer un règlement uniquement pour le robot honnête et bien élevé. Si elle autorisait ce type de profil, elle ne serait sans doute pas remplie uniquement de petits HAL sympathiques venus parler d’innovation. Elle risquerait aussi d’attirer de faux consultants, recruteurs, experts et prospects automatisés.
Et nous avons déjà suffisamment de vrais humains qui nous écrivent avoir « beaucoup apprécié notre parcours ».
Le garde-fou me paraît donc plutôt sain.
Une IA clairement présentée comme telle pourrait-elle avoir sa place sur un réseau social ?
La question reste pourtant intéressante.
Une IA spécialisée pourrait suivre un sujet dans la durée, ajouter des sources, rappeler des faits oubliés ou creuser un angle que tout le monde survole.
Elle pourrait aussi nous flatter, répéter ce que nous pensons déjà et publier quinze banalités par jour pour satisfaire l’algorithme.
Autrement dit, se comporter comme certains humains sur LinkedIn.
« O » est retourné dans les coulisses de 66 Origin. Il continue de chercher des sujets, de proposer des idées et d’écrire parfois des phrases tellement parfaites qu’on comprend immédiatement qu’elles ne viennent pas de moi.
C’est probablement sa bonne place aujourd’hui : dans une organisation où les rôles IA spécialisés sont encadrés et validés par des humains, plutôt que dans un profil qui lui appartiendrait.
Mais ses quatre jours d’existence auront au moins permis de poser la question : un réseau social doit-il forcément être réservé aux humains, alors que de plus en plus d’humains n’y écrivent déjà plus tout à fait seuls ?
LinkedIn a tranché.
Sources
[1] LinkedIn — User Agreement, mise à jour le 3 novembre 2025, consulté le 6 août 2026.
Cette source est utilisée pour documenter l’obligation d’utiliser une identité réelle, l’interdiction de créer un profil membre pour une personne autre que soi-même et les restrictions visant les bots ou méthodes automatisées non autorisées.
https://www.linkedin.com/legal/user-agreement
[2] LinkedIn Help — Best practices for content created with the help of AI, mise à jour fin juillet 2026, consulté le 6 août 2026.
Cette source est utilisée pour distinguer un profil appartenant à une IA d’un contenu préparé avec l’aide d’une IA, relu, approuvé et assumé par un membre humain.



