À la veille du quart de finale France–Maroc de la Coupe du monde 2026, je découvre ce que l’intelligence artificielle change vraiment dans mon expérience de supportrice : des décisions plus lisibles, un nouveau regard sur le jeu et beaucoup de données. Mais toujours aucune technologie capable de mesurer mes émotions.

La Coupe du monde 2026 vient d’entrer dans ses quarts de finale.

Et demain soir, la France affrontera le Maroc.

Pour moi, ce n’est évidemment pas tout à fait un match comme les autres.

Je n’ai jamais joué au football. Je le regarde depuis toute petite. Intensément, passionnément, souvent en criant toute seule devant mon écran.

Je soutiens d’abord le Maroc, mon pays de naissance et de cœur, la nation des Lions de l’Atlas. Et puis il y a la France, mon pays de vie et de citoyenneté.

Cette Coupe du monde me fait vivre les matchs différemment pour une autre raison : jamais autant de technologies n’avaient été aussi présentes dans ce que je regarde, ce que je comprends et ce que l’on m’explique à l’écran.

Pas toujours de manière spectaculaire. Parfois simplement parce qu’une décision qui me semblait autrefois opaque devient enfin visible.

Une décision plus rapide ne suffit pas : il faut pouvoir la comprendre

J’ai toujours trouvé le principe de l’assistance vidéo à l’arbitrage assez logique. Lorsqu’une action décisive peut être vérifiée grâce aux images plutôt que jugée uniquement en une fraction de seconde, je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en priver.

Le problème, pour moi, venait surtout de ce que nous vivions devant l’écran.

Le jeu s’arrêtait. Un cadre apparaissait autour de l’arbitre. On attendait. Puis la décision tombait sans que l’on comprenne toujours précisément ce qui avait été vu, mesuré ou interprété.

Cette année, le système avancé de hors-jeu semi-automatisé va plus loin. Des caméras suivent les positions des joueurs et du ballon. Chaque joueur a également été scanné afin de créer un avatar numérique en trois dimensions, utilisé dans les reconstitutions montrées au public.

Le résultat ne consiste pas seulement à annoncer qu’un joueur était hors-jeu.

On peut désormais identifier le joueur concerné, visualiser sa position et comprendre plus rapidement ce qui a déclenché la décision.

Il faut néanmoins éviter de tout confondre.

La technologie peut détecter une position. Elle ne tranche pas seule toutes les situations. Lorsqu’il faut déterminer si un joueur gêne un adversaire ou influence réellement l’action, l’interprétation reste humaine et passe encore par les arbitres vidéo.

L’outil mesure. L’arbitre décide.

Cette distinction me paraît essentielle.

La caméra arbitrale nous rapproche-t-elle vraiment de l’arbitre ?

Autre changement visible : la caméra portée par l’arbitre.

Une petite caméra installée sur sa tête permet de montrer certaines actions depuis son point de vue. Un système de stabilisation assisté par intelligence artificielle réduit une partie des secousses et du flou provoqués par ses déplacements.

Pour une supportrice, l’image est fascinante.

Pendant quelques secondes, je ne regarde plus le match depuis les tribunes ou depuis l’une des nombreuses caméras placées autour du terrain. Je le vois depuis le corps de celui qui doit prendre la décision.

Je découvre la vitesse réelle de l’action, les joueurs qui traversent son champ de vision, les contacts qui se produisent très près de lui et ceux qu’il ne pouvait probablement pas voir.

Cette caméra ne nous donne évidemment pas accès à son raisonnement. Elle ne nous place pas littéralement dans sa tête.

Mais elle montre une chose importante : une décision qui paraît évidente depuis le ralenti parfait du diffuseur ne l’était pas forcément depuis le terrain.

La technologie ne sert donc pas uniquement à contrôler l’arbitre. Elle peut aussi nous aider à comprendre la difficulté de son travail.

Quand les données racontent le match autrement

Seize caméras de suivi optique sont installées dans chacun des stades de la compétition. Ensemble, elles peuvent produire plus de 150 millions de points de suivi au cours d’un match.

Positions, déplacements, trajectoires, espaces occupés : une partie du jeu devient mesurable à une échelle impressionnante.

Ces données peuvent servir à l’arbitrage, à l’analyse des équipes, au suivi médical ou aux diffuseurs.

Mais nous, supporters, ne recevons évidemment pas 150 millions de points de données sur notre écran.

Et heureusement.

Nous en voyons une sélection : une reconstitution de hors-jeu, une carte de chaleur, une vitesse de course, une occupation du terrain ou une statistique qui permet de mieux comprendre pourquoi une équipe domine sans nécessairement marquer.

C’est là que le design redevient essentiel.

Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage de données. Il consiste à choisir lesquelles montrer, à quel moment et sous quelle forme.

Une donnée brute ne raconte rien toute seule.

Pour devenir utile, elle doit être transformée en information compréhensible sans nous obliger à quitter le match pour lire un rapport d’analyste.

La transparence est une forme de design

Dans mon métier, je travaille sur des expériences, des interfaces et des parcours. Et cette Coupe du monde me rappelle quelque chose de très simple : une technologie ne devient pas acceptable uniquement parce qu’elle est précise.

Elle doit aussi être lisible.

Dans le football comme dans n’importe quelle expérience numérique, une décision exacte ne suffit pas si personne ne comprend comment elle a été prise. La lisibilité ne garantit pas que tous les supporters l’accepteront, surtout lorsqu’elle contrarie leur équipe. Mais expliquer clairement ce que la technologie a observé, ce qu’elle a calculé et ce que l’arbitre a finalement décidé est déjà une condition de confiance.

La transparence est une forme de design.

Elle ne consiste pas à tout afficher. Elle consiste à rendre visibles les éléments qui permettent de comprendre une décision sans ajouter une nouvelle couche de confusion.

C’est aussi ce que nous cherchons chez 66 Origin lorsque nous concevons une expérience à partir de ce qu’elle doit réellement permettre à une personne de faire ou de comprendre, avant de choisir les technologies qui l’accompagneront.

La limite reste cependant importante.

Une image très claire peut toujours être discutée. Une décision peut rester contestée. Une visualisation impressionnante peut donner une illusion de certitude plus forte que la réalité.

La technologie ne supprime ni l’interprétation, ni l’erreur, ni la mauvaise foi des supporters.

Et, en tant que supportrice, je tiens probablement un peu à conserver cette dernière.

Les données s’arrêtent là où commencent mes émotions

Demain soir, je serai devant mon écran.

Je verrai probablement des lignes, des avatars, des ralentis, des chiffres et peut-être le point de vue de l’arbitre.

Tout cela m’aidera à comprendre certaines décisions et à regarder le match autrement.

Mais aucune donnée ne pourra vraiment mesurer ce que cela me fait de voir le Maroc affronter la France en quart de finale d’une Coupe du monde.

L’intelligence artificielle peut suivre les joueurs, reconstruire les actions et stabiliser les images.

Moi, je vais surtout essayer de gérer mes émotions.

Parce que demain soir, derrière les données et les écrans, il y aura les Lions de l’Atlas.

Et tout un pays que je porte dans la gorge.

Sources

FIFA — Quel est le prochain match du Maroc à la Coupe du Monde 2026 ?, juillet 2026.
Confirmation du quart de finale France–Maroc du 9 juillet 2026.

FIFA — L’innovation se met au service des acteurs de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, juin 2026.
Fonctionnement du hors-jeu semi-automatisé, suivi optique et volume de données généré pendant les matchs.

FIFA — La FIFA et Lenovo dévoilent plusieurs innovations alimentées par l’IA à l’approche de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, janvier 2026.
Avatars numériques des joueurs et stabilisation assistée par IA des images de la caméra arbitrale.

FIFA — Les nouvelles innovations développées avec Lenovo brillent lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, juillet 2026.
Utilisation des avatars, du hors-jeu semi-automatisé et de la caméra arbitrale pendant la compétition.